Mes poèmes primés
 

 

Poèmes primés et publiés

 

Le texte qui suit a été publié dans le florilège du Grand prix de la Ville de Sète en octobre 2005 :

La sentinelle
Ballade

Je suis le jour la sentinelle
Mais la nuit je fais des rondeaux
Je vis là-haut dans la tourelle
Mes compagnons sont les corbeaux.
Le jour je guette les marauds,
Je veille sur la citadelle.
La nuit je fais des ronds dans l’eau,
Ah ! dieu que mon sort est cruel !

Moi qui ne suis que sentinelle,
J’ai vu passer sous le linteau
Friponnes et belles jouvencelles,
Et dames riches à beaux manteaux.
Mais si mon cœur est un flambeau
C’est pour les ardentes prunelles
De la princesse du château.
Ah ! dieu que mon sort est cruel !

Car je ne suis que sentinelle :
Mon métier sera mon tombeau.
Et ma plainte sempiternelle
S’en ira droit au caniveau.
Les amours et le renouveau.
Que tu nous chantes ménestrel,
Ne viennent pas jusque là-haut,
Ah ! dieu que mon sort est cruel !

Princesse, voici mes rondeaux,
Mes odes et mes ritournelles !
Le cœur m’est trop pesant fardeau
Ah ! dieu que mon sort est cruel !


Un des poèmes publiés dans l'anthologie des nouveaux poètes français en 2004 (Jean-Pierre Huguet éditeur) :

Est debout là.

Est debout là l’espérance sans bruit,
l’inconcevable sens,
Ce qui dissout, ce qui respire,
Ce qui chevauche ou qui chavire.

Est debout là ce qui unit,
Une apparence à se brûler,
Le cri du ciel dans sa joie
Et sa puissance qui n’est rien.

Le texte qui suit a été publié dans le recueil Postésie 2000 de la Poste, sera embarqué sur le satellite Kéo avec 7200 autres textes dans les 6000 langues encore parlées

Genèse

 

Je buvais dans le sein des oiseaux,
où l’Homme n’est qu’un éveil.
Vivre n’avait pas commencé. Les neiges pétrifiaient le sol.

C’était depuis toujours une aube qui n’arrivait pas...
Soudain le jour est étonnant et je m’appuie à la montagne.

Vient l’ascension des grandes masses.
Toutes nos forces sont barbares. Mais, le miel de cette aube à nos lèvres
de sel, nous avons peint un Ailleurs d’hommes dans la pierre.

Voici notre chant : “Loué soit ce qui est vaste et que toutes choses soient
dansées !”

Le spirituel régnait. Cétait dans l'air.
Des dieux s'étaient jetés aux frontons de lueurs.

D'une cascade immobile vinrent à jaillir nos mains rassemblées, gantées de vent, et qui se touchèrent à leur extrémité.

De là naquit une communauté de révoltés.
C'était avant que ne soit énoncé le langage avec ses mille banalités.

Ces peuples pensaient que les oranges fleurissaient sur les eaux. Tous assiégeaient l'arbre du vivant dont les branches montaient jusqu'à l'inexplicable.
Et toute branche était parée d'offrandes.


L'aurore est à l'étable...

(prix du sonnet, Bénodet 1992)

“L’aurore est à l’étable un cheval introduit
dans la bouteille du silence qui sommeille.
Le rire sur l’épaule, pour seconder la vie,
nous allons sous l’appel grandissant du soleil.

Dans sa même lumière nous sommes confondus.
Un pied sur l’horizon et la pensée au vent,
nous traversons l’immensité des jours. Émus,
nous serons éveillés au même étonnement.

Soleil et enfants jouent. Sur nos rives, nos filles
chevauchent un grand rire à la tête de l’air,
un grand rire au grand jour qui galope à la mer.

Mais nous pleurons nos souvenirs, nos fêtes,
nimbés dans l’âtre à la veillée. Nous reste-t-il
assez de joie pour pédaler dans notre tête ?”


Si j'étais cet oiseau...


Si j'étais cet oiseau
aux longs cils transparents
qui respire à l'écart,
qui vient nicher dans l'impossible
et s'ébaucher à peine dans la réalité,

je saurais vos regards achopper
dans les squares et sur les trottoirs,
vos mains nourries de foudre,
vos splendides départs,

vos retours aux mains vides
et tellement de vos regards
flétris au vent
et qui se sont brisés.

En mon aube dernière,
que me seraient vos mots ?
Sauraient-ils me sourire
comme je vous souris ?

(prix international de la ville de Plouzané 1992)




La Passagère des sables

(oeuvre de jeunesse)

  

Depuis que le temps a rompu ses amarres
dans le port de ses origines,
depuis que les hordes de barbares
ont ensemencé la terre libertine,

depuis que le monde est monde,
depuis que le monde est immonde,
depuis que le ciel est éternel,
depuis que la terre est au ciel,

la Passagère des sables, dispensatrice des rêves,
foulait au large des déserts de brume
les sables noirs des lendemains qui fument
dans l'incommensurable étendue de mon rêve.

J'aime la peine précieuse
qui la fait refléter une inquiète espérance.
J'aime sa robe malheureuse
et, sous son ombre immense,
qui jette la nuit sur son passé,
je respire à plein nez
chaque atome de vie,
entouré d'un silence gris
qui n'est que sons inanimés.

Ainsi donc je suivais dans sa sphère d'irréalité
cette déesse toute folle.
J'allais pas à pas remplacer
mes principes par des symboles
et, redoublant de songes,
me complaire à jamais dans ce si beau mensonge.

Jusqu'à voir se mêler le feu des
volcans
et le feu des orages,
la terre et le ciel écumant
dans une même rage,
jusqu'à ravir un peu de foudre
et brutalement dissoudre
es murailles des consciences enneigées,
jusqu'à me lever dans ma destinée
et planter mon blasphème en plein coeur de la mort,

jusqu'à étrangler Dieu même
et faire couler ses sangs par tous les pores
de son paradis, miné d'un procès souterrain
mené par les humains,
jusqu'à le voir étendu
dans sa gloire posthume
et jamais plus, non jamais plus,
revoir les lendemains qui fument,
jusqu'à figer encore
le Temps dans son essor
et jusqu'à dessiner des limites à
l'éternité...







Voici l'heure...

 

...où, les pieds dans la foudre, et ne
retenant plus mes rébellions,

je couvre de proclamations les

d

o

g

m

e

s

du haut desquels vous insultiez.

Blanche et fumante est la paix qui éclate

dans les sphères dormantes de l'Inconnu.

Des cages s'ouvrent.

S'en échappent des mots en spirale,

peignés en avant-garde,

et qui font tourbillon.

DEMENCE
ECLATANTE DU TEMPS !

La lune et son croissant brisé pleurent tous leurs amants.

Sous la lune mourante, le poète geint.

La lèvre clouée sur l'horizon,

il s'arrache une larme vraie, éternelle,

tressaille de tous les êtres de sa création,

brûle son sort,

sèche son coeur

puis recommence.

Il mène son front bossu sous la misère du

CIEL

qui souffre de n'être pas couronné

et dont les mains vides et sombres se referment.

Il n'est plus le forçat que l'on connaissait.

La langue crie et vibre dans son mot,

et éternellement.

 





Poésie, art fleuri des secrets,

prodigue ta clémence à l'homme qui s'est levé pour honorer ton front,

pour extirper ses mots ancrés dans sa chair comme une chose poignante.

 

J'ai couru les lueurs, éclaboussé de ma jeunesse,

pour m'en venir retrouver ton immense senteur d'amour

aux ongles acérés.

 

Souviens-t-en !

 

Par ces longs jours gorgés de pluie,

tu hurlais dans ma tête.

 

pluie qui s'ennuie sur les toits

comme un vin d'amour qui s'émousse,

tu dînes à l'enseigne de Satan

Ton regard posé sur la table,

tes fragments d'yeux ouverts sur des destructions.

Ton bouquet de fleurs d'adoration écoule son sang rouge.

 

Prépare


le retour de ma bouche !

Je reviendrai, puissant de corps et d'esprit,

ayant parcouru des chevelures chaudes comme des Sibérie.

Ma bouche occupera le vide

à grands coups de cris prolongés rouverts confusément.

 

Je serai


au commencement d'une soif...